L’histoire du Monde
L’Univers a 13,8 milliards d’années. C’est tellement long que personne ne peut l’imaginer. Alors faisons un tour de magie : rangeons toute son histoire dans une seule année.
Le Big Bang a lieu le 1er janvier à minuit. Aujourd’hui, c’est le 31 décembre, juste avant minuit. Fais défiler pour voir défiler les mois…
📅 1er janvier, 0 h 00Il y a 13,8 milliards d’années
Le Big Bang

© ESA and the Planck Collaboration · CC BY 4.0 Il y a très, très longtemps, il n’y avait ni étoiles, ni planètes, ni toi, ni moi. Tout ce qui existe aujourd’hui était serré dans un tout petit espace, incroyablement chaud.
Et puis, tout s’est mis à grandir. Attention : ce n’était pas une explosion comme un pétard ! C’est l’espace lui-même qui a commencé à gonfler, un peu comme un gâteau qui lève dans le four, en emportant tout avec lui.
Et avant ? Personne ne le sait. C’est l’un des plus grands mystères du monde.
Il y a 13,8 milliards d’années, tout l’Univers que nous pouvons observer tenait dans un volume minuscule, des milliards de fois plus chaud que le cœur du Soleil. C’est ce qu’on appelle le Big Bang.
Le nom est trompeur : ce n’était pas une explosion qui se serait produite quelque part dans l’espace. C’est l’espace lui-même qui a commencé à s’étirer, partout à la fois. Imagine un gâteau aux raisins qui gonfle dans le four : chaque raisin s’éloigne de tous les autres, et il n’y a aucun centre.
En quelques minutes, l’Univers fabrique ses premiers ingrédients : des noyaux d’hydrogène et d’hélium, les deux éléments les plus simples.
Et avant le Big Bang ? Personne ne le sait. Nos lois de la physique ne permettent pas encore de remonter jusque-là.
Pour s’y retrouver, imagine que toute cette histoire tienne en une seule année : le Big Bang serait le 1er janvier à minuit, et aujourd’hui le 31 décembre à minuit.
Il y a 13,8 milliards d’années, l’Univers était extraordinairement dense et chaud. Le terme « Big Bang » ne désigne pas une explosion survenue en un point de l’espace : c’est l’espace lui-même qui se dilate, partout à la fois, sans centre ni bord. Les galaxies ne fuient pas à travers l’espace ; c’est la distance entre elles qui grandit.
Trois grandes preuves soutiennent ce modèle. D’abord, l’expansion : depuis les travaux de Lemaître et de Hubble à la fin des années 1920, on mesure que les galaxies lointaines s’éloignent d’autant plus vite qu’elles sont loin. Ensuite, le fond diffus cosmologique, une lumière fossile qui baigne tout le ciel. Enfin, l’abondance des éléments légers : durant ses vingt premières minutes environ, l’Univers a produit à peu près 75 % d’hydrogène et 25 % d’hélium (en masse), plus des traces de lithium, soit les proportions observées dans les étoiles et les nuages les plus anciens.
L’âge de 13,8 milliards d’années, mesuré à 0,2 % près par le satellite Planck, dépend du modèle cosmologique. La « tension de Hubble », un désaccord persistant sur la vitesse d’expansion actuelle, rappelle que tout n’est pas encore compris.
Quant à l’« avant », il échappe à la science actuelle. Pour décrire l’instant initial, il faudrait une théorie unissant relativité générale et mécanique quantique, qui n’existe pas encore. Le Big Bang marque la limite de nos connaissances, pas forcément le début absolu de tout.
📅 1er janvier, 0 h 14380 000 ans après le Big Bang
L’Univers devient transparent

© ESA and the Planck Collaboration · CC BY 4.0 Au début, l’Univers ressemblait à un épais brouillard brûlant. La lumière ne pouvait pas avancer : elle rebondissait partout, comme une balle lancée dans une foule serrée.
Mais l’Univers grandissait et refroidissait. Au bout de 380 000 ans, il est devenu assez « froid » pour que les petits grains de matière s’assemblent en atomes, les minuscules briques qui forment tout ce qui existe. D’un coup, le brouillard s’est levé et la lumière a pu filer tout droit.
Cette toute première lumière, on la voit encore aujourd’hui ! Elle est si faible que seuls des appareils spéciaux peuvent la capter.
Pendant ses premiers millénaires, l’Univers est une soupe brûlante de noyaux et d’électrons, de minuscules particules électriques. La lumière ne peut pas y voyager : elle se cogne sans arrêt contre les électrons, comme dans un brouillard très épais.
En s’étirant, l’Univers refroidit. Vers 380 000 ans, sa température tombe à environ 2 700 °C. Les électrons peuvent alors s’accrocher aux noyaux pour former les premiers atomes complets d’hydrogène et d’hélium. Le brouillard se lève : l’Univers devient transparent, et la lumière part dans toutes les directions.
Cette lumière voyage depuis plus de 13 milliards d’années. L’expansion l’a tellement étirée qu’elle est devenue invisible pour nos yeux : ce sont des micro-ondes, comme celles d’un four, mais extrêmement faibles. On l’appelle le fond diffus cosmologique. C’est la plus vieille lumière qu’on puisse voir, une sorte de photo de bébé de l’Univers.
Jusqu’à environ 380 000 ans, l’Univers est un plasma : noyaux et électrons libres, baignés de photons. Ceux-ci sont sans cesse diffusés par les électrons, si bien que la lumière ne peut parcourir aucune distance notable. L’Univers est opaque, comme l’intérieur d’un nuage.
Lorsque la température descend vers 3 000 K (environ 2 700 °C), les électrons se lient aux noyaux : c’est la recombinaison. Privés de cibles, les photons se mettent à voyager librement. Cette lumière, émise partout à la fois, nous parvient aujourd’hui de toutes les directions. L’expansion a étiré ses longueurs d’onde d’un facteur 1 100 environ : elle correspond désormais à un rayonnement de 2,725 K, dans le domaine des micro-ondes.
Ce fond diffus cosmologique a été découvert par hasard en 1964-1965 par Arno Penzias et Robert Wilson, qui l’ont d’abord pris pour un parasite de leur antenne. Les satellites COBE, WMAP puis Planck l’ont cartographié avec une précision remarquable. Il est uniforme à un cent-millième près environ, mais ces infimes variations de température sont essentielles : elles trahissent de légères surdensités de matière, les germes de toutes les galaxies futures.
L’analyse de ces fluctuations permet de mesurer l’âge de l’Univers, sa géométrie, quasi plate, et sa composition : environ 5 % de matière ordinaire, 27 % de matière noire et 68 % d’énergie noire. C’est l’un des piliers les plus solides de la cosmologie moderne.
📅 Du 1er au 3 janvierDe 380 000 à environ 100 millions d’années après le Big Bang
Les âges sombres
Après le brouillard, la lumière de l’Univers pâlit peu à peu, et tout devient noir. Il n’y a encore aucune étoile pour l’éclairer. Juste d’immenses nuages de gaz, invisibles, qui flottent dans l’obscurité.
On appelle cette longue période les âges sombres. Elle dure des dizaines de millions d’années !
Mais il se passe quelque chose en secret. Une force invisible, la gravité, celle qui fait tomber ta cuillère par terre, rapproche petit à petit le gaz. Les nuages se tassent, deviennent plus épais… Ils préparent une surprise.
Après la libération de la lumière, l’Univers continue de se refroidir. La lueur du fond diffus s’affaiblit et glisse vers l’infrarouge, invisible pour nos yeux. Aucune étoile ne brille encore : c’est le début des âges sombres.
L’Univers est alors rempli d’hydrogène et d’hélium, et surtout de matière noire, une matière mystérieuse qui ne brille pas mais qui attire comme la matière ordinaire. Il y en a environ cinq fois plus !
Pendant des dizaines de millions d’années, la gravité travaille en silence. Les régions un tout petit peu plus denses attirent la matière autour d’elles et deviennent encore plus denses. Peu à peu, de gros amas de matière noire se forment, et le gaz s’y accumule, comme de l’eau qui coule au fond d’une cuvette.
Ces cuvettes seront les berceaux des premières étoiles.
Une fois le fond diffus émis, l’Univers ne contient plus aucune source de lumière nouvelle. Le rayonnement fossile se refroidit avec l’expansion et quitte le domaine visible en quelques millions d’années : commencent alors les âges sombres, qui durent jusqu’à l’allumage des premières étoiles, une centaine de millions d’années plus tard.
L’essentiel se joue pourtant à ce moment-là. Les minuscules surdensités imprimées dans le fond diffus croissent sous l’effet de la gravité. La matière noire, environ cinq fois plus abondante que la matière ordinaire et insensible à la pression du rayonnement, s’effondre la première en « halos ». Le gaz d’hydrogène et d’hélium tombe ensuite dans ces puits de gravité. Sans matière noire, les simulations indiquent que les galaxies n’auraient pas eu le temps de se former aussi tôt.
Cette époque est la plus difficile à observer, justement parce qu’elle n’émet presque rien. Le principal signal attendu est celui de l’hydrogène neutre, qui rayonne faiblement à une longueur d’onde de 21 cm, étirée aujourd’hui en ondes radio de plusieurs mètres. Des radiotélescopes comme LOFAR, HERA et bientôt SKA cherchent à capter ce murmure, noyé sous des parasites des milliers de fois plus intenses. Une détection liée à l’aube cosmique, annoncée en 2018 par l’expérience EDGES, n’a pas été confirmée depuis.
Les âges sombres restent l’une des dernières grandes frontières de la cosmologie observationnelle.
📅 Du 4 au 6 janvierEntre 100 et 200 millions d’années après le Big Bang
Les premières étoiles s’allument

© Image: National Aeronautics and Space Administration (a U… · Domaine public Dans le noir, les nuages de gaz se tassent de plus en plus. Au centre, ça chauffe, ça chauffe… jusqu’à des millions de degrés !
Et soudain, une lumière s’allume. C’est une étoile ! Puis une autre, et encore une autre.
Ces toutes premières étoiles étaient sans doute des géantes, bien plus lourdes que notre Soleil, et d’un bleu éblouissant. Mais elles brûlaient leur carburant si vite qu’elles ne vivaient que quelques millions d’années, ce qui est très court pour une étoile. Leur lumière a fini par chasser l’obscurité : la longue nuit de l’Univers était terminée.
Au fond des cuvettes de matière noire, le gaz se comprime. Plus il est serré, plus il chauffe. Quand le cœur d’un nuage atteint une dizaine de millions de degrés, il se passe quelque chose d’extraordinaire : les noyaux d’hydrogène se percutent si fort qu’ils fusionnent pour former de l’hélium. C’est la fusion nucléaire, et elle libère une énorme quantité d’énergie. Une étoile est née.
Ces premières étoiles n’étaient faites que d’hydrogène et d’hélium. Les astronomes pensent qu’elles étaient très massives, peut-être des dizaines à des centaines de fois la masse du Soleil, et très chaudes. Elles vivaient vite et mouraient jeunes, souvent en explosant.
Leur puissante lumière ultraviolette a peu à peu transformé le gaz autour d’elles, en arrachant les électrons des atomes d’hydrogène. C’est l’aube cosmique : l’Univers se rallume.
Entre 100 et 200 millions d’années après le Big Bang, le gaz accumulé dans les halos de matière noire se refroidit assez pour s’effondrer jusqu’à des densités extrêmes. Au cœur de ces nuages, la température dépasse dix millions de degrés et la fusion de l’hydrogène en hélium s’amorce : les premières étoiles s’allument. C’est l’aube cosmique.
Ces étoiles dites de « population III » se distinguaient de toutes celles qui ont suivi : elles ne contenaient pratiquement que de l’hydrogène et de l’hélium, sans les éléments plus lourds qui aident aujourd’hui les nuages à se refroidir et à se fragmenter. Les modèles suggèrent qu’elles étaient en moyenne bien plus massives que le Soleil, de quelques dizaines à plusieurs centaines de masses solaires, avec des durées de vie de quelques millions d’années seulement.
Prudence cependant : aucune étoile de population III n’a encore été observée directement. Ce qu’on en sait vient de simulations et d’indices indirects, comme la composition chimique d’étoiles très anciennes de notre Galaxie, extrêmement pauvres en métaux, qui portent la signature des toutes premières supernovas. Le télescope spatial James Webb traque leur lumière dans des galaxies très jeunes, et quelques candidats prometteurs ont été signalés.
Leur rayonnement ultraviolet a commencé à ioniser le gaz intergalactique. Cette réionisation, poursuivie par les premières galaxies, s’est achevée environ un milliard d’années après le Big Bang.
📅 Vers le 8 janvierIl y a environ 13,5 milliards d’années
Les premières galaxies

© NASA, ESA, CSA, and STScI · Domaine public Les étoiles n’aiment pas rester seules. La gravité les rassemble en immenses familles qu’on appelle des galaxies. Chacune contient des millions, puis des milliards d’étoiles.
Au début, les galaxies étaient petites et un peu en désordre. Elles se sont rencontrées, mélangées, et ont grandi, comme des gouttes d’eau qui se rejoignent pour former une flaque.
Notre galaxie à nous, la Voie lactée, a commencé à se former à cette époque. Aujourd’hui, le télescope James Webb arrive à voir des galaxies si lointaines que leur lumière est partie quand l’Univers n’avait que 300 millions d’années !
Les étoiles naissent rarement seules. Dans les plus gros amas de matière noire, le gaz forme des milliers puis des millions d’étoiles, qui restent liées par la gravité : ce sont les premières galaxies.
Elles sont d’abord petites, compactes et très lumineuses. Puis elles se percutent et fusionnent, et grandissent ainsi pendant des milliards d’années. Il y a plus de 13 milliards d’années, des morceaux de ce qui deviendra notre galaxie, la Voie lactée, commencent à s’assembler. Certaines de ses étoiles actuelles datent de cette époque !
Comment le sait-on ? Regarder loin, c’est regarder dans le passé, car la lumière met du temps à voyager. Le télescope spatial James Webb, lancé en 2021, observe des galaxies dont la lumière est partie moins de 300 millions d’années après le Big Bang. Surprise : certaines sont plus brillantes et plus nombreuses que prévu, et les astronomes cherchent encore à comprendre pourquoi.
Dans les centaines de millions d’années qui suivent l’aube cosmique, les halos de matière noire fusionnent et grossissent, et le gaz qu’ils retiennent forme des générations successives d’étoiles : les premières galaxies apparaissent. Dans le scénario standard, dit hiérarchique, les petites structures se forment d’abord, puis s’assemblent en structures de plus en plus grandes.
Observer cette époque repose sur un principe simple : regarder loin, c’est regarder tôt. La lumière de ces galaxies a voyagé plus de 13 milliards d’années, et l’expansion l’a décalée vers l’infrarouge, d’où l’intérêt du télescope spatial James Webb, conçu pour ce domaine. Depuis 2022, il a confirmé par spectroscopie des galaxies vues environ 300 millions d’années après le Big Bang, comme JADES-GS-z14-0 ou MoM-z14, à des décalages vers le rouge supérieurs à 14. Elles sont plus nombreuses et plus lumineuses que ne le prévoyaient la plupart des modèles : sans remettre en cause le Big Bang, cela oblige à revoir l’efficacité de la formation d’étoiles dans l’Univers jeune.
La Voie lactée, elle, s’est construite par accrétion de gaz et absorption de galaxies plus petites. Ses plus vieilles étoiles, dans le halo et le bulbe, ont plus de 13 milliards d’années. L’archéologie galactique, notamment grâce au satellite Gaia, a même identifié les débris de fusions anciennes, comme celle avec la galaxie Gaïa-Encelade, il y a 8 à 11 milliards d’années.
📅 De janvier à décembreTout au long de l’histoire de l’Univers
Les étoiles, usines à atomes

© NASA, ESA, J. Hester and A. Loll (Arizona State University) · Domaine public Au début, l’Univers n’avait presque que deux ingrédients : l’hydrogène et l’hélium. Pas de quoi faire des cailloux, des arbres ou des enfants !
Heureusement, les étoiles sont de vraies usines. Dans leur cœur brûlant, elles écrasent les petits atomes les uns contre les autres pour en fabriquer de plus gros : du carbone, de l’oxygène, du fer…
Quand une très grosse étoile meurt, elle explose : c’est une supernova. Elle disperse ses trésors dans l’espace, et ils serviront à fabriquer de nouvelles étoiles et des planètes.
Le carbone de ta peau, le fer de ton sang : tout ça a été fabriqué dans des étoiles. Tu es fait de poussière d’étoiles !
Après le Big Bang, l’Univers ne contenait presque que de l’hydrogène et de l’hélium. Alors d’où viennent le carbone, l’oxygène ou le fer ?
Des étoiles ! Grâce à la fusion nucléaire, elles assemblent des noyaux légers pour en former de plus lourds. Le Soleil transforme son hydrogène en hélium. En fin de vie, ou si elles sont plus massives, les étoiles vont plus loin : carbone, oxygène, azote, et jusqu’au fer pour les plus grosses.
À la fin de leur vie, les étoiles rendent cette matière à l’espace. Les petites la soufflent doucement, les plus massives explosent en supernovas, qui peuvent briller autant qu’une galaxie entière pendant quelques semaines. La nébuleuse du Crabe est le reste d’une supernova observée en 1054 par des astronomes chinois.
Ce recyclage dure depuis plus de 13 milliards d’années. Chaque génération d’étoiles enrichit la suivante. Le calcium de tes os et le fer de ton sang ont été fabriqués ainsi : tu es littéralement fait de poussière d’étoiles.
Le Big Bang n’a produit que les éléments les plus légers : hydrogène, hélium et un soupçon de lithium. Presque tout le reste du tableau périodique a été forgé ensuite, et ce travail se poursuit aujourd’hui : c’est la nucléosynthèse stellaire.
Une étoile tire son énergie de la fusion. Le Soleil convertit l’hydrogène en hélium ; en fin de vie, il fusionnera l’hélium en carbone et en oxygène. Les étoiles de plus de huit masses solaires environ enchaînent les étapes, néon, magnésium, silicium, jusqu’au fer. Là, la chaîne s’arrête : fusionner du fer coûte de l’énergie au lieu d’en libérer. Le cœur s’effondre alors en une fraction de seconde, et l’étoile explose en supernova.
Les éléments plus lourds que le fer naissent surtout par capture de neutrons, soit lentement dans des étoiles géantes en fin de vie, soit lors d’événements violents. En 2017, la détection simultanée d’ondes gravitationnelles et de lumière issues de la fusion de deux étoiles à neutrons (GW170817) a confirmé que ces collisions produisent de l’or, du platine et d’autres éléments lourds.
Vents stellaires, nébuleuses planétaires et supernovas dispersent ces atomes dans le milieu interstellaire, où ils enrichissent les nuages qui formeront les générations suivantes d’étoiles et de planètes. La spectroscopie le confirme : chaque élément laisse une signature dans la lumière, et les étoiles anciennes sont nettement plus pauvres en éléments lourds que les jeunes. À part l’hydrogène, hérité du Big Bang, la quasi-totalité des atomes de notre corps a été fabriquée dans des étoiles.
📅 1er septembreIl y a 4,6 milliards d’années
La naissance du Soleil

© NASA, ESA, and the Hubble Heritage Team (STScI/AURA) · Domaine public Pendant des milliards d’années, des étoiles naissent, vivent et meurent. Et puis, un jour, c’est au tour de la nôtre.
Dans un coin de la Voie lactée flotte un grand nuage de gaz et de poussière. Peut-être secoué par l’explosion d’une étoile voisine, il commence à s’écrouler sur lui-même, en tournant de plus en plus vite, comme une patineuse qui ramène ses bras.
Au centre, une boule de gaz devient si chaude qu’elle s’allume : c’est le Soleil ! Autour de lui, il reste un grand disque de poussière qui tourne. Garde-le en tête : il va bientôt servir…
Il y a 4,6 milliards d’années, l’Univers a déjà plus de 9 milliards d’années. Dans la Voie lactée, un nuage de gaz et de poussière, semblable aux célèbres Piliers de la Création, commence à s’effondrer sous l’effet de sa propre gravité. Peut-être a-t-il reçu une petite poussée de l’onde de choc d’une supernova voisine.
En se contractant, le nuage tourne de plus en plus vite et s’aplatit en disque. Au centre, la matière s’entasse et chauffe. Quand la température atteint une dizaine de millions de degrés, la fusion de l’hydrogène démarre : le Soleil est né.
Notre étoile n’est pas faite que d’hydrogène et d’hélium. Elle contient aussi un peu de carbone, d’oxygène et de fer, fabriqués par des étoiles plus anciennes. Le Soleil est un enfant tardif de l’Univers.
Autour de lui tourne un disque de gaz et de poussières : le chantier des futures planètes.
Il y a environ 4,6 milliards d’années, alors que l’Univers a déjà les deux tiers de son âge actuel, un fragment de nuage moléculaire de la Voie lactée s’effondre sous sa propre gravité. Le Soleil est probablement né dans un amas de centaines ou de milliers d’étoiles, aujourd’hui dispersées. Certaines météorites renferment la trace d’isotopes radioactifs à vie courte, comme l’aluminium 26 : le nuage avait donc été enrichi peu avant par des étoiles massives voisines. Une supernova a-t-elle déclenché l’effondrement ? L’hypothèse reste débattue.
En se contractant, le nuage tourne de plus en plus vite et s’aplatit en un disque protoplanétaire. Au centre, la proto-étoile s’échauffe pendant quelques dizaines de millions d’années avant que la fusion de l’hydrogène ne devienne sa principale source d’énergie. Aujourd’hui, le radiotélescope ALMA et le JWST observent de tels disques autour de jeunes étoiles, avec des anneaux et des sillons creusés par des planètes en formation : on voit, ailleurs, notre propre histoire se dérouler.
Comment date-t-on la naissance du Système solaire ? Grâce aux plus vieux solides connus, des inclusions riches en calcium et en aluminium trouvées dans certaines météorites. La désintégration de l’uranium en plomb leur donne un âge de 4,567 milliards d’années, à moins d’un million d’années près : c’est l’« an zéro » de notre système. Le Soleil contient environ 1,4 % (en masse) d’éléments plus lourds que l’hélium, héritage des générations d’étoiles précédentes.
📅 2 septembreIl y a 4,54 milliards d’années
La Terre, boule de feu

© Brocken Inaglory · CC BY-SA 3.0 Tu te souviens du disque de poussière autour du Soleil ? Ses grains se collent les uns aux autres, comme les moutons de poussière sous un lit. Ils forment des cailloux, puis des rochers, puis des boules grosses comme des montagnes.
Ces boules se cognent et s’assemblent. L’une d’elles grossit plus que ses voisines : c’est la Terre !
Mais la jeune Terre ne ressemble pas du tout à celle d’aujourd’hui. Pas d’eau, pas d’air respirable, pas d’arbres. À cause de tous ces chocs, elle est si chaude que sa surface est un océan de lave. Une vraie boule de feu !
Dans le disque autour du jeune Soleil, les grains de poussière se collent entre eux. Ils forment des cailloux, puis des corps de plusieurs kilomètres, les planétésimaux. Leur gravité attire d’autres débris, et ils grossissent en se percutant.
En quelques dizaines de millions d’années, ces collisions donnent naissance aux quatre planètes rocheuses : Mercure, Vénus, la Terre et Mars. Plus loin du Soleil, où il fait plus froid, la glace s’ajoute aux roches, et des planètes géantes comme Jupiter et Saturne capturent d’énormes quantités de gaz.
La jeune Terre est un enfer. L’énergie des impacts et la radioactivité la font fondre : sa surface est un océan de magma. Comme un caillou qui tombe au fond d’un pot de miel, le fer, plus lourd, s’enfonce vers le centre pour former le noyau, tandis que les roches plus légères restent en surface.
Les scientifiques ont calculé l’âge de la Terre, 4,54 milliards d’années, en mesurant la radioactivité de météorites.
Dans le disque protoplanétaire, les poussières s’agglomèrent en planétésimaux de quelques kilomètres, qui croissent par collisions jusqu’à former des embryons planétaires de la taille de la Lune ou de Mars. Dans la partie interne du disque, trop chaude pour que la glace subsiste, ces corps rocheux s’assemblent en quatre planètes telluriques. La Terre atteint l’essentiel de sa masse en quelques dizaines de millions d’années ; Jupiter, plus lointaine, s’était sans doute formée bien avant, en quelques millions d’années seulement.
On date la Terre à 4,54 milliards d’années, à environ 1 % près. Ce chiffre, établi pour l’essentiel par Clair Patterson en 1956, repose sur la désintégration de l’uranium en plomb dans des météorites, contemporaines de la formation des planètes. Les roches terrestres ne peuvent pas donner directement cet âge : la tectonique des plaques et l’érosion ont recyclé la croûte primitive. Les plus vieux témoins terrestres sont de minuscules cristaux de zircon d’Australie, âgés de 4,4 milliards d’années.
La jeune Terre est en grande partie fondue, chauffée par l’énergie des impacts et par la désintégration d’éléments radioactifs. Cet océan de magma permet au fer et au nickel, plus denses, de migrer vers le centre pour former le noyau, tandis que les silicates constituent le manteau. Cette différenciation, rapide, a une conséquence durable : le fer liquide du noyau externe, en se brassant, engendre aujourd’hui le champ magnétique qui protège la surface du vent solaire.
📅 3 septembreIl y a environ 4,5 milliards d’années
Le choc qui a fait la Lune

© Gregory H. Revera · CC BY-SA 3.0 La jeune Terre n’est pas seule. Une autre planète, grosse comme Mars, tourne tout près. Les scientifiques l’appellent Théia.
Un jour, BOUM : Théia percute la Terre ! C’est le plus gros accident de toute l’histoire de notre planète. Des morceaux de roche fondue sont projetés dans l’espace et forment un anneau autour de la Terre.
Petit à petit, ces débris se rassemblent en une seule boule : la Lune est née ! Au début, elle était beaucoup plus proche qu’aujourd’hui et paraissait énorme dans le ciel. Depuis, elle s’éloigne doucement, de presque 4 centimètres par an.
Peu après sa naissance, la Terre subit le choc le plus violent de son histoire. Un corps de la taille de Mars, que les scientifiques ont baptisé Théia, la percute de biais.
L’impact est si énorme qu’il fait fondre une grande partie des deux astres. De la matière est éjectée et forme un disque de débris brûlants autour de la Terre. En très peu de temps, quelques mois ou quelques années, peut-être même quelques heures selon une simulation récente, ces débris se rassemblent : la Lune est née.
Comment le sait-on ? Les roches rapportées par les astronautes des missions Apollo ont une composition presque identique à celle des roches terrestres, comme si elles venaient de la même famille. La Lune a aussi un tout petit noyau de fer, ce qui s’explique si elle est faite surtout de roches arrachées aux couches externes.
À sa naissance, la Lune était plus de dix fois plus proche qu’aujourd’hui. Elle s’éloigne encore de 3,8 centimètres par an.
Selon le scénario le plus largement accepté, celui de l’impact géant, la Lune est née lorsqu’un corps de la taille de Mars environ, baptisé Théia, a heurté obliquement la proto-Terre, il y a environ 4,5 milliards d’années. La date précise reste discutée : selon les méthodes, les estimations vont d’environ 4,35 à 4,51 milliards d’années.
Plusieurs observations soutiennent ce scénario. La Lune possède un noyau de fer minuscule, de l’ordre de 1 à 2 % de sa masse contre près d’un tiers pour la Terre, ce qui s’explique si elle s’est formée surtout à partir de matériaux de manteau. Les échantillons des missions Apollo révèlent une Lune pauvre en éléments volatils, comme si elle avait été chauffée à très haute température, et les traces d’un ancien océan de magma lunaire.
Une énigme demeure : les isotopes de l’oxygène, du titane ou du tungstène des roches lunaires sont presque identiques à ceux de la Terre, alors que les simulations classiques prévoient une Lune faite majoritairement de Théia. Plusieurs variantes tentent de résoudre ce paradoxe : impact plus énergique, Théia de composition très proche de la Terre, ou mélange intense dans une structure de vapeur appelée « synestia ».
Les effets de cette collision se font encore sentir. La Lune stabilise l’inclinaison de l’axe terrestre, ce qui modère les variations du climat sur le long terme, et ses marées freinent lentement la rotation de la Terre. En retour, elle s’éloigne de 3,8 centimètres par an, une distance mesurée au laser grâce aux réflecteurs déposés à sa surface.
📅 6 septembreIl y a environ 4,4 milliards d’années
Les premiers océans

© NASA/Apollo 17 crew; taken by either Harrison Schmitt or … · Domaine public Petit à petit, la Terre refroidit, comme une soupe qu’on laisse sur la table. Sa surface de lave durcit et devient une croûte de roche.
Les volcans crachent de la vapeur d’eau. Dans le ciel, elle forme d’énormes nuages. Puis il se met à pleuvoir. Il pleut pendant très, très longtemps !
L’eau remplit les creux et forme les premiers océans. Vue de loin, la Terre commence à devenir bleue. Mais attention : l’air n’est pas respirable pour nous, et aucun poisson ne nage dans ces mers. Pour l’instant, la Terre attend la vie.
Une fois l’océan de magma refroidi, une croûte de roche se forme à la surface. L’atmosphère de la jeune Terre est très différente de la nôtre : surtout de la vapeur d’eau, du gaz carbonique et de l’azote, rejetés par les volcans. Presque pas d’oxygène.
Quand la température baisse assez, la vapeur se condense en pluie, et l’eau s’accumule dans les creux : les premiers océans apparaissent. Ils couvrent peut-être presque toute la planète, car il y a encore très peu de continents.
D’où vient toute cette eau ? Une partie était sans doute prisonnière des roches qui ont formé la Terre. Une autre a pu être apportée par des astéroïdes riches en eau. Les scientifiques en débattent encore.
Comment sait-on que l’eau liquide existait si tôt ? Grâce à de minuscules cristaux appelés zircons, trouvés en Australie. Vieux de 4,4 milliards d’années, ils se sont formés au contact d’eau.
Une fois l’océan de magma solidifié, l’atmosphère primitive, constituée surtout de vapeur d’eau, de dioxyde de carbone et d’azote, laisse l’eau se condenser à la surface. Les premiers océans se forment probablement dans les 100 à 200 millions d’années qui suivent la naissance de la Terre, même si de grands impacts ont pu ensuite en vaporiser une partie.
La preuve principale vient de cristaux de zircon des collines de Jack Hills, en Australie occidentale. Datés jusqu’à 4,4 milliards d’années, ils présentent une composition en isotopes de l’oxygène qui indique que leur roche d’origine a interagi avec de l’eau liquide à basse température. Ils suggèrent aussi l’existence précoce d’une croûte de type continental, un point encore discuté.
L’origine de l’eau terrestre fait débat. Le rapport entre deutérium et hydrogène des océans ressemble à celui de certaines météorites, les chondrites carbonées, davantage qu’à celui de la plupart des comètes mesurées. Des travaux récents montrent par ailleurs que les matériaux à partir desquels la Terre s’est formée pouvaient contenir assez d’hydrogène pour fournir une bonne partie de son eau. Le scénario le plus probable combine plusieurs sources.
Un paradoxe accompagne cette époque : le jeune Soleil brillait environ 25 à 30 % moins fort qu’aujourd’hui, ce qui aurait dû geler les océans. C’est le « paradoxe du Soleil jeune et faible ». La solution la plus probable est un effet de serre bien plus puissant, dû à l’abondance de gaz carbonique et peut-être de méthane.
📅 Du 22 au 30 septembreIl y a environ 3,8 à 3,5 milliards d’années
La vie apparaît

© Paul Harrison · CC BY-SA 3.0 Dans les océans de la jeune Terre, quelque chose d’incroyable se produit : la vie apparaît !
Pas d’animaux, pas de plantes. Juste des êtres minuscules, si petits qu’il en faudrait des centaines, alignés, pour faire un millimètre. Ce sont des cellules, de toutes petites bulles capables de se nourrir et de se copier elles-mêmes.
Comment la vie a-t-elle commencé ? C’est encore un grand mystère, que les scientifiques adorent explorer.
Ces microbes ont construit, couche après couche, des sortes de coussins de pierre. On en retrouve encore aujourd’hui, fossilisés. Ce sont les plus vieilles traces de vie qu’on connaisse !
Quelque part dans les océans de la jeune Terre, peut-être près de sources chaudes au fond de l’eau, des molécules de plus en plus compliquées s’assemblent. Un jour, certaines deviennent capables de faire des copies d’elles-mêmes, enfermées dans une petite enveloppe : ce sont les premières cellules. La vie est née !
Ces êtres vivants sont des microbes, semblables aux bactéries d’aujourd’hui. Ils ne vivent que dans l’eau, et pendant près de 3 milliards d’années, ils seront les seuls habitants de la planète.
Les plus anciennes traces de vie sûres ont environ 3,5 milliards d’années. Ce sont des stromatolithes, des roches formées de fines couches empilées par des tapis de microbes, un peu comme un mille-feuille. On en trouve en Australie. Et des stromatolithes vivants se forment encore aujourd’hui !
Comment la vie est-elle apparue à partir de la matière inerte ? C’est l’une des plus grandes questions de la science, et personne ne connaît encore la réponse.
La vie est apparue sur Terre il y a plus de 3,5 milliards d’années, peut-être bien plus tôt. Les plus anciennes traces largement acceptées sont des stromatolithes de la formation de Dresser, dans la région de Pilbara en Australie, datés d’environ 3,48 milliards d’années : des structures en couches édifiées par des communautés microbiennes qui piégeaient des sédiments. Des indices plus anciens existent, comme des signatures isotopiques du carbone dans des roches de 3,7 à 3,8 milliards d’années au Groenland, mais leur origine biologique reste débattue.
Une approche indépendante consiste à remonter l’arbre du vivant. En comparant les génomes actuels, des chercheurs ont estimé en 2024 que le dernier ancêtre commun de tous les êtres vivants, LUCA, vivait il y a environ 4,2 milliards d’années, et qu’il était déjà un organisme relativement complexe. Si ce résultat se confirme, la vie serait apparue très vite après la formation des océans.
Comment la chimie est-elle devenue biologie ? On l’ignore encore. Les pistes principales font intervenir des sources hydrothermales sous-marines, des mares chaudes soumises à des cycles d’assèchement, et un « monde à ARN » dans lequel une même molécule aurait servi à la fois de support d’information et de catalyseur. Des expériences reproduisent certaines étapes, comme la formation spontanée d’acides aminés ou de nucléotides, mais aucune n’a encore créé de vie.
Pendant près de 3 milliards d’années, la vie restera essentiellement microscopique.
📅 29 octobreIl y a environ 2,4 milliards d’années
L’air se remplit d’oxygène

© Trixia Lao · CC0 Parmi les microbes des océans, certains ont un super-pouvoir. Ce sont les cyanobactéries. Comme les plantes aujourd’hui, elles se nourrissent grâce à la lumière du Soleil. Et en faisant ça, elles rejettent un gaz : l’oxygène.
Pendant des centaines de millions d’années, elles en fabriquent sans s’arrêter. Petit à petit, l’oxygène remplit les mers, puis l’air.
C’est un énorme changement ! Pour beaucoup de microbes, l’oxygène est un poison. Mais pour d’autres êtres vivants, et plus tard pour toi, c’est une chance : c’est grâce à lui que tu respires. Et tout là-haut, il forme un bouclier contre les rayons dangereux du Soleil.
Depuis longtemps déjà, des microbes appelés cyanobactéries pratiquent la photosynthèse : ils utilisent la lumière du Soleil, l’eau et le gaz carbonique pour fabriquer leur nourriture. Et ils rejettent un déchet : l’oxygène.
Au début, cet oxygène est aussitôt absorbé, notamment par le fer dissous dans les océans, qui rouille et se dépose au fond. On retrouve aujourd’hui ces couches rouges dans des roches très anciennes. Mais vers 2,4 milliards d’années, il y en a trop : l’oxygène s’accumule dans l’air. C’est la Grande Oxydation.
Pour de nombreux microbes, c’est une catastrophe, car l’oxygène est toxique pour eux. Pour d’autres, c’est une aubaine : respirer de l’oxygène fournit beaucoup d’énergie, ce qui permettra plus tard l’apparition d’êtres plus gros et plus complexes.
Dans la haute atmosphère, l’oxygène forme aussi la couche d’ozone, qui filtre les rayons ultraviolets du Soleil. Le ciel et la Terre ne seront plus jamais les mêmes.
La photosynthèse oxygénique, inventée par les ancêtres des cyanobactéries, est l’une des innovations les plus lourdes de conséquences de l’histoire de la vie. Elle utilise l’énergie lumineuse pour arracher des électrons à l’eau, en libérant de l’oxygène. On ignore exactement quand elle est apparue, sans doute plusieurs centaines de millions d’années avant que l’oxygène ne s’accumule.
Pendant longtemps, cet oxygène est consommé aussitôt par le fer dissous dans les océans, par les gaz volcaniques et par les roches. Les formations de fer rubanées, alternances de couches riches en oxydes de fer, en sont la trace spectaculaire. Entre 2,4 et 2,1 milliards d’années environ, ces « puits » sont débordés et l’oxygène s’installe durablement dans l’atmosphère : c’est la Grande Oxydation. La preuve la plus nette est géochimique : la disparition, vers 2,33 milliards d’années, d’une signature particulière des isotopes du soufre qui ne peut se former que dans une atmosphère sans oxygène.
Les conséquences sont immenses. Le méthane, puissant gaz à effet de serre, est oxydé, ce qui contribue probablement à l’une des glaciations les plus sévères de l’histoire terrestre. De nombreux microbes anaérobies sont relégués dans des milieux privés d’oxygène. La couche d’ozone commence à se former. Et la respiration aérobie, bien plus efficace pour produire de l’énergie, ouvre la voie aux cellules complexes, les eucaryotes, apparues il y a au moins 1,7 milliard d’années.
L’oxygène reste toutefois bien moins abondant qu’aujourd’hui : il n’approchera les 21 % actuels qu’après une seconde hausse, à la fin du Précambrien, il y a moins de 600 millions d’années.
📅 17 décembreIl y a environ 540 millions d’années
L’explosion de la vie
Pendant des milliards d’années, la vie est restée minuscule. Puis, d’un coup, tout s’accélère ! Sur notre calendrier cosmique, nous sommes déjà à la mi-décembre.
Dans les mers apparaissent des animaux de toutes les formes : avec des carapaces, des pattes, des piquants et même des yeux. Certains ressemblent à de gros cloportes : ce sont les trilobites. D’autres ont des allures de petits monstres, avec cinq yeux ou une trompe !
Les scientifiques appellent ce moment l’explosion cambrienne. Ensuite, la vie part à la conquête de la terre ferme : d’abord les plantes, puis des petites bêtes comme les mille-pattes, puis des animaux à quatre pattes.
Pendant près de 3 milliards d’années, la vie est restée surtout microscopique. Les premiers grands organismes, mous et étranges, n’apparaissent qu’il y a environ 575 millions d’années.
Puis, il y a environ 540 millions d’années, au début d’une période appelée le Cambrien, c’est l’explosion ! En quelques dizaines de millions d’années, presque tous les grands groupes d’animaux actuels apparaissent dans les océans : les ancêtres des crabes, des escargots, des étoiles de mer… et même des nôtres, de petits animaux ressemblant à des poissons sans mâchoire.
Les animaux développent des coquilles, des carapaces et des yeux. Les premiers prédateurs chassent, les proies se protègent : une véritable course aux armements commence. On connaît ces créatures grâce à des fossiles extraordinaires, comme ceux des schistes de Burgess, au Canada, où même les parties molles sont conservées.
Ensuite, la vie sort de l’eau : les plantes colonisent la terre ferme il y a environ 470 millions d’années, bientôt suivies par les animaux.
Pendant l’essentiel de son histoire, la vie terrestre est restée microscopique. Les premiers organismes complexes de grande taille, la faune d’Ediacara, apparaissent il y a environ 575 millions d’années. Puis, à partir de 538,8 millions d’années, date qui marque le début du Cambrien, la diversité animale augmente de façon spectaculaire en quelques dizaines de millions d’années : c’est l’explosion cambrienne.
La plupart des grands plans d’organisation animaux, ou embranchements, apparaissent alors dans les archives fossiles : arthropodes comme les trilobites, mollusques, échinodermes, et même les premiers chordés, la lignée à laquelle nous appartenons. Les gisements exceptionnels des schistes de Burgess, au Canada, et de Chengjiang, en Chine, ont livré des animaux aux parties molles intactes, parfois si étranges qu’on a longtemps hésité sur la manière de les orienter.
Le mot « explosion » mérite une nuance. Les horloges moléculaires suggèrent que plusieurs lignées existaient déjà avant, sous des formes petites ou molles, peu propices à la fossilisation. Ce qui change, c’est leur taille, leurs squelettes minéralisés et leur écologie. Plusieurs facteurs ont pu jouer ensemble : une hausse de l’oxygène, l’essor de la prédation et de la vision, et des gènes du développement déjà en place, capables de construire des corps très variés.
Dans les 200 millions d’années qui suivent, la vie conquiert les continents : plantes vers 470 millions d’années, arthropodes, puis vertébrés à quatre pattes vers 375 millions d’années.
📅 Du 25 au 30 décembreIl y a 230 à 66 millions d’années
Le règne des dinosaures
Il y a environ 230 millions d’années apparaissent des animaux extraordinaires : les dinosaures ! Certains sont petits comme des poules, d’autres plus longs que deux autobus.
Pendant plus de 160 millions d’années, ils règnent sur la Terre. À leurs pieds trottinent déjà de petits mammifères, pas plus gros que des souris.
Puis, il y a 66 millions d’années, un astéroïde de la taille d’une ville s’écrase au Mexique. La poussière cache le Soleil, il fait froid et sombre. Les grands dinosaures disparaissent.
Mais pas tous ! Les oiseaux sont leurs descendants. Le pigeon de ta rue est un petit dinosaure !
Il y a environ 230 millions d’années, de nouveaux reptiles apparaissent : les dinosaures. Ils vont dominer les continents pendant plus de 160 millions d’années. Certains, comme l’Argentinosaurus, mesurent plus de 30 mètres de long ; d’autres ne sont pas plus grands qu’une poule. Les mammifères, eux, existent déjà, mais restent petits et discrets.
Puis, il y a 66 millions d’années, c’est la catastrophe. Un astéroïde d’environ 10 kilomètres de large s’écrase à Chicxulub, au Mexique, à plus de 70 000 km/h. Il creuse un cratère de 180 kilomètres et projette dans l’air d’énormes quantités de poussières et de gaz qui assombrissent le ciel. La planète se refroidit, les plantes dépérissent, les chaînes alimentaires s’effondrent. Environ trois espèces sur quatre disparaissent, dont tous les grands dinosaures.
Un seul groupe de dinosaures survit : les oiseaux. Et les petits mammifères, débarrassés de leurs concurrents, vont se diversifier… jusqu’à nous.
Les dinosaures apparaissent au Trias, il y a environ 230 millions d’années, et deviennent les vertébrés terrestres dominants après une extinction de masse survenue il y a 201 millions d’années. Durant le Jurassique et le Crétacé, ils se diversifient en des centaines de genres, des petits carnivores à plumes aux sauropodes géants de plusieurs dizaines de tonnes. Les mammifères, apparus à peu près à la même époque, restent pour la plupart de petite taille.
Il y a 66 millions d’années, la fin du Crétacé est marquée par l’une des cinq grandes extinctions de masse : environ 75 % des espèces disparaissent. En 1980, Luis et Walter Alvarez et leurs collègues découvrent, dans la fine couche d’argile qui marque cette limite, une concentration anormale d’iridium, un métal rare à la surface de la Terre mais abondant dans les astéroïdes. Ils proposent un impact géant. Le cratère est identifié au début des années 1990 sous la péninsule du Yucatán : Chicxulub, environ 180 kilomètres de diamètre, creusé par un objet d’une dizaine de kilomètres. Quartz choqués, billes de verre et dépôts de tsunami autour du golfe du Mexique confirment le scénario.
L’impact a projeté dans l’atmosphère suies, poussières et aérosols soufrés, plongeant la Terre dans un « hiver d’impact » qui a interrompu la photosynthèse pendant des mois, voire des années. Les gigantesques éruptions des trapps du Deccan, en Inde, ont pu aggraver la crise, mais l’impact est considéré comme la cause principale.
Les dinosaures n’ont pas tous disparu : les oiseaux en sont la lignée survivante. Les mammifères, eux, ont occupé les niches laissées libres.
📅 31 décembre, 23 h 48Il y a environ 300 000 ans
L’arrivée des humains
Après la disparition des grands dinosaures, les mammifères prennent leur place. Parmi eux apparaissent les singes, puis certains de leurs descendants se mettent à marcher debout.
Il y a environ 300 000 ans, en Afrique, apparaît une nouvelle espèce : Homo sapiens. C’est nous ! Ces humains taillent la pierre, utilisent le feu, peignent sur les murs des grottes et racontent des histoires.
Sur notre calendrier cosmique, ils arrivent le 31 décembre à 23 h 48. Toute l’histoire de notre espèce tient dans les douze dernières minutes de l’année ! Nous sommes vraiment les petits derniers de l’Univers.
Après la disparition des dinosaures, les mammifères se diversifient. Parmi eux apparaissent les primates, puis, il y a environ 7 millions d’années en Afrique, la lignée qui mène à l’humain se sépare de celle des chimpanzés. Nos lointains ancêtres commencent à marcher sur deux jambes.
Il y a environ 2,8 millions d’années apparaissent les premiers représentants du genre Homo. Puis, il y a environ 300 000 ans, naît notre espèce : Homo sapiens. Les plus vieux fossiles connus ont été trouvés au Maroc, à Djebel Irhoud.
Nos ancêtres partagent longtemps la planète avec d’autres humains, comme les Néandertaliens, avec qui ils ont même eu des enfants : une petite partie de leur ADN est encore en nous ! Ils peignent des grottes, inventent l’agriculture il y a environ 12 000 ans, puis l’écriture.
Sur le calendrier cosmique, Homo sapiens apparaît le 31 décembre à 23 h 48. L’agriculture arrive 27 secondes avant minuit !
Après la crise de la fin du Crétacé, les mammifères se diversifient rapidement. Les primates s’épanouissent et, en Afrique, il y a environ 7 à 6 millions d’années, la lignée humaine se sépare de celle des chimpanzés. Les premiers homininés connus, comme Sahelanthropus, puis les australopithèques, dont Lucy (3,2 millions d’années), marchent déjà au moins en partie debout. Le genre Homo apparaît il y a environ 2,8 millions d’années.
Notre espèce, Homo sapiens, est attestée depuis environ 300 000 ans : les fossiles de Djebel Irhoud, au Maroc, datés en 2017, en sont les plus anciens représentants connus. L’image d’un berceau unique a cédé la place à celle d’une émergence à l’échelle de l’Afrique, au sein de populations reliées entre elles. Hors d’Afrique, nos ancêtres ont croisé d’autres humains, Néandertaliens et Dénisoviens, avec lesquels ils se sont métissés : les humains actuels d’ascendance non africaine portent environ 2 % d’ADN néandertalien.
Ces dates proviennent de méthodes complémentaires : thermoluminescence, isotopes radioactifs des couches volcaniques, carbone 14 pour les 50 000 dernières années, et comparaison des génomes.
Sur le calendrier cosmique, cette histoire est d’une brièveté vertigineuse. Le genre Homo apparaît le 31 décembre vers 22 h 15 ; Homo sapiens à 23 h 48 ; l’art des grottes, il y a environ 40 000 ans, une minute et demie avant minuit ; l’agriculture, il y a 12 000 ans, 27 secondes avant la fin de l’année.
📅 31 décembre, les dernières secondes avant minuitLes derniers millénaires, jusqu’à aujourd’hui
L’Univers se comprend lui-même

© NASA/Bill Anders · Domaine public Sur notre calendrier cosmique, les pyramides d’Égypte sont construites le 31 décembre à 23 h 59 et 50 secondes : 10 secondes avant minuit ! Et les premiers pas d’un humain sur la Lune, en 1969 ? À peine plus d’un dixième de seconde avant minuit.
C’est minuscule. Et pourtant, pendant ce dernier clin d’œil, il s’est passé quelque chose d’incroyable : nous avons commencé à comprendre l’Univers. Nous avons fabriqué des télescopes, envoyé des fusées, photographié la Terre depuis l’espace.
Tu es fait d’atomes nés dans les étoiles. Et grâce à toi, l’Univers peut se regarder lui-même et raconter sa propre histoire.
Si toute l’histoire de l’Univers tenait en une année, l’histoire écrite de l’humanité n’en occuperait que les toutes dernières secondes. L’écriture apparaît 12 secondes avant minuit, les pyramides d’Égypte sont bâties 10 secondes avant minuit. Copernic propose que la Terre tourne autour du Soleil en 1543, un peu plus d’une seconde avant minuit.
Ensuite, tout s’emballe. En 1929, on comprend que l’Univers est en expansion. En 1957, un premier satellite tourne autour de la Terre. En 1968, l’équipage d’Apollo 8 photographie la Terre se levant au-dessus de la Lune. En 1969, des astronautes marchent sur la Lune : 0,13 seconde avant minuit !
Aujourd’hui, des télescopes comme James Webb observent les premières galaxies, des sondes explorent les planètes, et on a découvert plus de 6 000 exoplanètes, des planètes qui tournent autour d’autres étoiles.
Grâce à la science, une jeune espèce apparue à 23 h 48 a réussi à reconstituer toute cette histoire.
À l’échelle du calendrier cosmique, toute l’histoire écrite tient dans les 12 dernières secondes de l’année. Les pyramides de Gizeh sont bâties environ 10 secondes avant minuit ; Copernic replace le Soleil au centre du système planétaire un peu plus d’une seconde avant minuit ; les premiers pas sur la Lune, en 1969, ont lieu 0,13 seconde avant la fin de l’année. Une seconde du calendrier représente environ 440 ans réels.
C’est pourtant dans ce dernier battement que l’Univers a commencé à être compris de l’intérieur. En à peine un siècle, on a établi que les nébuleuses spirales sont d’autres galaxies (Hubble, 1924), que l’Univers est en expansion (Lemaître, 1927 ; Hubble, 1929), que les étoiles brillent grâce à la fusion nucléaire (Bethe, 1939), et que nous baignons dans le rayonnement fossile du Big Bang (1965). Les ondes gravitationnelles ont été détectées en 2015, la première image de l’ombre d’un trou noir publiée en 2019, et plus de 6 000 exoplanètes sont aujourd’hui confirmées.
Ce récit reste incomplet. On ignore la nature de la matière noire et de l’énergie noire, qui forment ensemble environ 95 % du contenu de l’Univers ; on ne sait pas comment la vie est apparue, ni si elle existe ailleurs. Mais la méthode qui a permis de le reconstruire, observer, mesurer, confronter les modèles aux données, reste notre meilleur outil.
Il y a là une forme de boucle : des atomes forgés dans les étoiles se sont assemblés en êtres capables de reconstituer l’histoire de ces mêmes étoiles.
📅 Après minuit : une nouvelle année commenceDans des millions et des milliards d’années
Et demain ?

© Adam Evans · CC BY 2.0 L’histoire n’est pas finie ! Le Soleil a encore des milliards d’années devant lui. Mais dans environ 5 milliards d’années, il aura presque épuisé son carburant. Il va alors gonfler et devenir une énorme étoile rouge, puis rétrécir en une petite étoile blanche qui refroidira doucement.
Pendant ce temps, notre galaxie voyage dans l’espace. Elle pourrait un jour rencontrer sa grande voisine, la galaxie d’Andromède, et les deux se mélangeraient. Mais les étoiles sont si éloignées les unes des autres qu’elles ne se cogneraient presque jamais.
Et l’Univers continuera de grandir. Que se passera-t-il d’ici là ? C’est peut-être toi qui le découvriras.
L’histoire de l’Univers continue. Que nous réserve l’avenir ?
Le Soleil brille de plus en plus fort, très lentement. Dans environ un milliard d’années, il fera si chaud sur Terre que les océans commenceront à s’évaporer. Dans environ 5 milliards d’années, notre étoile aura épuisé l’hydrogène de son cœur. Elle gonflera en géante rouge, au point peut-être d’avaler Mercure, Vénus et même la Terre. Puis elle se contractera en naine blanche, une petite étoile très dense qui refroidira pendant des milliards d’années.
Et la galaxie d’Andromède, notre grande voisine ? Elle se rapproche de nous à environ 110 km/s. On a longtemps cru que la collision avec la Voie lactée était certaine. En 2025, de nouveaux calculs ont estimé qu’il n’y avait qu’environ une chance sur deux qu’elles fusionnent dans les 10 prochains milliards d’années.
Quant à l’Univers, il continue de s’étendre, et même de plus en plus vite. Les galaxies lointaines s’éloigneront jusqu’à disparaître de notre ciel.
Les lois qui ont permis de reconstituer le passé permettent aussi d’esquisser l’avenir, avec des incertitudes croissantes.
Le Soleil gagne environ 10 % de luminosité par milliard d’années. D’ici un à deux milliards d’années, cet échauffement devrait rendre la Terre inhabitable pour la vie complexe, puis évaporer les océans. Dans environ 5 milliards d’années, l’hydrogène du cœur solaire sera épuisé : le Soleil deviendra une géante rouge, d’un rayon proche de l’orbite terrestre actuelle. Comme il perdra aussi de la masse, les planètes s’éloigneront ; la Terre sera au mieux calcinée, peut-être engloutie. Le Soleil finira en naine blanche.
La galaxie d’Andromède, à 2,5 millions d’années-lumière, s’approche de nous à environ 110 km/s. Longtemps jugée certaine d’ici 4 à 5 milliards d’années, la fusion avec la Voie lactée a été réévaluée en 2025 à partir des données de Gaia et de Hubble : en tenant compte des incertitudes et de l’influence d’autres galaxies du Groupe local, notamment M33 et le Grand Nuage de Magellan, la probabilité d’une fusion dans les 10 prochains milliards d’années est d’environ 50 %, et de quelques pour cent seulement dans les 5 prochains.
À plus grande échelle, l’expansion de l’Univers s’accélère depuis environ 5 milliards d’années, sous l’effet de l’énergie noire. Si cela continue, les galaxies extérieures au Groupe local finiront par sortir de notre horizon. Mais la nature de l’énergie noire est inconnue, et les résultats du relevé DESI en 2025 suggèrent qu’elle pourrait évoluer dans le temps : le destin ultime de l’Univers reste une question ouverte.
Et toi, tu fais partie de cette histoire.
Les atomes de ton corps ont été fabriqués dans des étoiles, il y a des milliards d’années.